Avant de mettre un terme définitif à cette série de chroniques , j' aimerais ajouter quelques éléments qui sont parties intégrantes du contexte actuel . Nul doute que 2012 sera une année particulièrement chahutée pour l' économie mondiale , avec des effets paroxystiques sur les marchés . La hausse de la volatilité enregistrée en 2011 n' est qu' un des nombreux signes avant-coureurs d' événements majeurs en préparation . Tous les projecteurs sont actuellement tournés vers la zone Euro , dont beaucoup prédisent la disparition pure et simple .
C 'est un scénario auquel je n' adhère pas . Par contre , il me semble de plus en plus évident que l' Europe s' apprête à vivre de sérieuses restructurations politiques , sociales et financières qui serviront de socle à la prochaine étape de la construction européenne . Mais nous n' en sommes pas encore là . Pour l' instant , nous serions plutôt dans l' oeil du cyclone......

La zone Euro semble sur le point d' imploser , suite à un gel du crédit interbancaire , et à l' incapacité de la BCE de remédier efficacement à la situation . La hausse des dépots bancaires auprés de la Banque Européenne en est la preuve la plus accablante . Jamais le degré de défiance n' avait été aussi élevé au sein des institutions financières . Ce niveau de tension dans le système européen ne permet pas d' envisager une sortie de crise sans dégats . Nous sommes probablement à la veille d' un choc , au cours des premières semaines de 2012 .
Ceci ne fait qu' illustrer l' extrême fragilité du système au niveau mondial depuis l' implosion de la bulle financière US en 2008 . La Fed et la BOE ont réagi par la fuite en avant et une hyper monétisation , tandis que la BCE a tenté une approche plus modérée , orthodoxie monétaire oblige . Hélas , l' immobilisme monétaire de la Fed depuis la fin du QE 2 s' avère particulièrement néfaste pour la zone Euro , qui n' a d' autre choix que le soutien de son secteur bancaire via une expansion de sa balance , toujours trop timide au regard de la pression exercée par les marchés . Le message est limpide , et tourne au diktat depuis plusieurs mois déja . Les marchés exigent une vague de monétisation forte de la part de la BCE , sinon des têtes vont tomber .
Je ne reviendrai pas sur le risque systémique et l' effet boomerang pour les US en cas d' implosion d' une ou plusieurs entités bancaires .
http://www.zerohedge.com/news/why-ecbs-ltro-wont-stop-collateral-contagion
http://www.zerohedge.com/news/ecb-deposits-jump-10-more-record-eur452bn



Plutôt que de chercher à déterminer la ou les entités financières au bord de l' implosion ( la liste est longue ....) , je préfère dresser un autre constat . Pendant que l' Europe occupe encore et toujours le devant de la scène médiatique , les US augmentent discrétement le plafond de leur dette , une fois de plus . Celle ci dépasse désormais largement le PIB officiel du pays .
D' autre part , on fait souvent référence aux ratios d' endettement , mais il est plus difficle de trouver les montants nominaux de la dette respective de chaque entité souveraine , ainsi que la clé de répartition bailleurs / débiteurs . Un récent article de la BBC News offre un graphique interactif basé sur les chiffres de la BRI , qui remet les choses en perspectives . J' en ai extrait 3 vues ; celle de la Grèce , élément déclencheur et point de fixation des marchés à propos de la crise souveraine , puis l' Italie et enfin les US . De quoi donner froid dans le dos , surtout à la vue des flux britanniques et américains . Coincidence ou non , ni la Grèce ni le Portugal ni l' Italie ne semble détenir la moindre portion de la dette anglo-saxonne .
Je vous invite à visualiser les différents flux proposés par ce lien de la BBC ; il permet d' imaginer quel serait l' impact d' un défaut ou d' une restructuration de la dette des principaux emprunteurs sur l' économie , compte tenu du battage médiatique organisé autour de la dette grecque . Il est clair que nous sommes ici au coeur d' une guerre sans merci , pour qui parviendra à orienter à moindre coût vers ses rivages les flux de capitaux en quête de sécurité dans ce contexte délétère . Et les US disposent là de la prime accordée à la monnaie de réserve internationale .
Le but consiste à maintenir cet avantage le plus longtemps possible , et à mettre à genoux tout autre bloc commercial susceptible de représenter une menace à l' hégémonie US . Faire mordre la poussière sans pour autant faire imploser la sphère financière mondiale . Il faut donc mettre la pression , faire grimper les taux des emprunteurs européens , affaiblir tous les segments du cycle économique européen jusqu' à la BCE , pour atteindre ses objectifs , à savoir forcer la banque centrale européenne à adopter une ligne de conduite identique à la Fed , celle d' un usage intensif de la Printing Press .
Aux yeux de l' élite financière , la seule voie est celle de la monétisation à outrance . Et la BCE finira par s' y plier , dans quelques temps , quand les dommages seront maximaux . Le dernier graphique de cette série , basé sur la Fed , détaille le processus de détérioration du cycle économique et s' applique parfaitement à la situation européenne .
http://www.bbc.co.uk/news/business-15748696
http://www.zerohedge.com/news/us-hits-credit-ceiling-again-treasury-raise-debt-limit-another-12-trillion-december-30





En tant que simple observateur , je ne dispose pas des instruments utiles pour suivre pas à pas ce déclin en cours , ni même pour relativiser correctement les effets d'annonces , les rumeurs et autres mécanismes de désinformation à l' oeuvre sur les marchés . Mais la déliquescence du système n' échappe plus à personne , désormais . Aussi , avant de passer en mode silence , je tiens à vous soumettre encore quelques graphiques et quelques liens pour vous inviter à la réflexion .
Comme les précédentes injections de liquidités n' ont pas suffi à redresser l' économie , les banques centrales n' ont d' autre choix que la fuite en avant . Les premières interventions majeures de la Fed visaient le rachat de collatéraux à faible toxicité dans le but d' offrir un peu d' oxygène au secteur bancaire . Cela n' ayant pas suffi , la Fed s' est alors engagée dans des programmes de rachat massif d' actifs de moindre qualité , pour éviter la glaciation définitive du circuit financier mondial . Même cette manoeuvre ne s' est avérée insuffisante, et ce n 'est qu' à partir du moment où les US ont fait sauter le verrou du FASB ( cette clause obligeant le secteur financier à valoriser ses actifs toxiques à la valeur du marché plutôt qu' une valeur fictive de référence déterminée par les banques elles-mêmes ) que les marchés se sont redressés en 2009 . La pseudo-solvabilité du secteur financier US est uniquement basée sur la suppression de cette règle . Et il est clair que toute détérioration trop importante des actifs toxiques toujours détenus par ce secteur impactera violemment les bilans des organismes financiers US comme européens . D' où la difficulté pour les marchés d' ajuster la pression sur l' Europe sans faire voler en éclat l' intégralité du système .
Au delà de ces considérations , un autre constat peut être dressé . Les banques centrales US , européennes et autres en sont contraintes à accepter des collatéraux de piètre qualité , au fur et à mesure de l' extension de leur base monétaire . Les liquidités injectées ne parviennent pas à réanimer l' économie et ces actifs collatéraux continuent à se détériorer .
L' effet classique de la réserve fractionnelle ,surmultiplié par les multiples formules de levier utilisées par le secteur financier a fini par créer une pyramide des liquidités totalement instable , susceptible de s' effondrer à la moindre onde de choc majeure . Aprés avoir vacillé en 2008 , la pyramide est une fois de plus destabilisée par un nouveau risque systémique .
Ce risque avait été souligné par le FMI dés 2008 , dans une étude accessible au lien ci dessous ( graphique 2 ).
Il s' agit là d' une des conséquences de l' hiver de Kondratieff , qui poursuit son avancée malgré les manoeuvres des banques centrales .
http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2008/wp08222.pdf



Il ne me reste plus qu' à vous recommander la lecture des études réalisées par le tandem Reinhart - Rogoff , dont les travaux sur la cyclicité économique et les risques de faillites souveraines font référence . J' y avais déja fait allusion à plusieurs reprises dans ces chroniques . Les auteurs ont établi le lien entre la mobilité des capitaux , les poussées d' inflation et les crises financières , ainsi que les crises souveraines , sur des bases historiques . Aux périodes de calme relatif succèdent des périodes de forte intensité , où crises et faillites souveraine se multiplient . Nous sommes clairement entrés dans une phase de risque élevé .
L' histoire est en marche . Il s' agit de ne pas l' oublier , et d' agir en conséquence pour se prémunir contre les secousses qui ne manqueront pas d' agiter les marchés ......
http://www.economics.harvard.edu/files/faculty/51_This_Time_Is_Different.pdf



Ainsi s' achève 2011........
Imminence d' un Krach : Info ou Intox ?
Les cycles d' Armstrong : Une pertinence hors pair.
Faites sauter la banque - Seconde partie
Crise financière : risques systémiques Part 3
Subprime, secteur bancaire, crises et conséquences
Phase de correction non achevée sur le SP500 et risques importants sur le CAC 40
LA CRISE 2012-2013 : Signaux d’alerte confirmés
De l’Or et des risques sur les marchés.....
Point sur les marchés : La tension retombe temporairement, Wall Street en guise de modèle
Répit de court terme dans une économie en voie de détérioration
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