
Xavier Lépine
Président de l’UFG
De Xavier Lépine – Président de l’UFG
La lettre de l'UFG | Aout 2009
Je suis allé regarder sur les sites de l'Institut Pasteur, de l'officiel Center For Disease Control and Prevention américain (CDC) et de l'AFP afin d'essayer de me faire une idée.
A mon sens, si l'inquiétude que nous pouvons avoir devrait être limitée sur le plan médical (encore que...), je crains beaucoup plus la contamination des marchés et un « mini-crack » dans les toutes prochaines semaines, tant les responsables sont loin de l'être dans leur communication et tant les marchés sont anxiogènes et fragiles dans le contexte actuel.
La réalité : à ce jour, nous en sommes à 1 000 décès dans le monde soit 1,6 personnes tous les 10 millions d'habitants. Rien de bien dramatique, en tout cas pas à l'échelle de la communication qui est faite et de la peur qui en résulte.
Concrètement , la grippe ne tue pas, ni la A ni les autres. Ce sont les complications de la grippe qui tuent (source : Institut Pasteur). Les personnes connaissant des complications sont toujours les mêmes, à savoir les personnes fragiles : nouveaux-nés, personnes agées et/ou gravement malades. La statistique annuelle des décès de la grippe illustre bien ce phénomène :
Autrement dit, entre les bonnes et les mauvaises années, 4 fois plus de personnes attrapent la grippe, mais l'on enregistre « seulement » 25 % de décès en plus, ce qui signifie non pas qu'elle soit moins forte mais simplement que le nombre de victimes augmente beaucoup moins vite que le nombre de cas (vu que le nombre de personnes fragiles est heureusement limité et que la contagion est forte).
Sur le premier point : indéniablement oui, on ne va pas contredire l'OMS. La question est : combien de fois plus contagieuse ? Nous ne sommes pas en période traditionnelle de grippe pour l'hémisphère Nord et pourtant, celle-ci se propage. Conclusion : on n'en sait rien. C'est pourquoi on s'attend à ce qu'elle s'avère beaucoup plus contagieuse que la grippe habituelle la plus contagieuse (8 millions de Français touchés soit 13 % de la population).
Est-elle plus mortelle ? Il y aura plus de contaminés donc plus de morts. Est-elle plus mortelle pour autant ? Manifestement non. Une fois de plus, on ne meurt pas de la grippe mais de ses complications et il n'y a pas de raison d'avoir plus de complications avec la grippe A qu'avec une autre. Sur ce point, les statistiques américaines sont claires (source : CDC). Nous sommes aussi dans la moyenne habituelle des taux de mortalité : 353 décès pour au moins 1 million de personnes actuellement contaminées, le taux ressort à 0,0035 %, soit 350 personnes pour un million de malades. Ce qui est certain, c'est qu'avec un million de grippés aux Etats-Unis (en France, la grippe touche entre 2 et 8 millions de personnes par an sur quelques mois) et l'hystérie médiatique déclenchée, l'on peut s'inquiéter, non pas des conséquences réelles de la grippe mais de l'impact psychologique sur les marchés.
L e taux actuel de contaminés aux Etats-Unis est encore objectivement très faible : 0,4 % de la population contre habituellement 3 à 13 % pour une grippe « normale ». Les médias vont délirer de fièvre et l'on voit d'ici les tabloïds quand le seuil de 5 % de la population américaine sera atteint, étant donné qu'à 0,4 % les grands titres fleurissent déjà. « 10 fois plus de personnes contaminées ce moisci que depuis le début de l'épidémie - 12 millions d'américains cloués au lit, plus de 6 000 morts => l'indice de confiance des consommateurs du Michigan s'effondre... ». Et ce, d'autant plus que trois jours plus tard, les 5 % seraient passés à 8 % !
Vu la vitesse de propagation du virus, cela risque d'arriver très vite.
Le tableau ci-dessous résume bien :

Une fois de plus, ce qui m'inquiète, c'est la propagation par les responsables de messages tels que suit :
Par La rédaction du Post
Antoine Flahaut est épidémiologiste et directeur de l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes. Il explique sur Europe 1 pourquoi il prévoit une seconde vague de pandémie pour cet hiver, bien plus dangereuse que la première vague qu'on connaît actuellement :
« Près de 35 % de la population française sera touchée par la grippe A, qui pourrait occasionner 30 000 décès. Quand on prédit l'arrivée d'un cyclone, on peut se tromper de trajectoire, mais c'est quand même un cyclone. Est-ce qu'on saura l'arrêter ? Pas sûr. On n'a jamais su arrêter une épidémie de grippe saisonnière depuis 30 ans. »
« Si la pandémie revient cet hiver, on n'aura pas 6 millions de cas et 6 000 morts comme avec la grippe saisonnière, mais 35 % de la population touchée et 30 000 morts. Elle touchera mécaniquement plus de personnes. »
« La situation n'a rien à voir avec ce qui s'est passé du temps de la grippe espagnole. A l'époque, on n'avait rien. On ne meurt pas du virus de la grippe, on meurt de ses complications. Ceux qui meurent le plus sont les personnes malades, les personnes âgées et les nourrissons. »
Ce type de déclaration est d'autant plus dramatique que les informations sont erronées :
J'imagine également ce qui pourrait se passer quand les premières centaines de milliers de cas et forcément le premier millier de décès - ce qui n'est rien - vont se déclarer : anticipation du pire, panique, Plan de Continuité à bord dans les entreprises, les écoles... et sur les marchés : baisse des secteurs de la distribution, de l'automobile, de l'énergie ; hausse des pharmaceutiques concernées, résistance des financières, des opérateurs téléphoniques, etc.
Maintenant , si Mr Flahaut a raison, il convient là encore de regarder les chiffres avec froideur :
35 % de la population : 21 millions de cas - la France est paralysée et les Etats-Unis le seront avant elle car il faudra bien que la population se mobilise pour s'occuper des malades.
30 000 décès : difficile à envisager car cela signifierait un taux de mortalité de 0,14 % comparable à celui des pays sous-développés. Le plus probable est que l'on reste au maximum à celui des Etats-Unis, soit 0,03 %, voire proche du taux habituel en cas de contagion élevée, ce qui fait tout de même entre 3 000 et 10 000 décès. Cela correspond peu ou prou aux conséquences mal gérées de l'été de la canicule, mais cette fois-ci, les responsables pourront dire : « on craignait 30 000 morts et nous n'en avons eu que X milliers... ». Cela représente néanmoins 2 à 5 fois plus que d'habitude, mais les marchés remonteront.
Si la réalité sanitaire s'avère moins terrible que celle anticipée par les experts, il n'en demeure pas moins que la peur aura bien essaimé et qu'elle se sera manifestée dans un contexte économique et de marché fragile. Les marchés, on le sait, se sont fortement repris depuis leur plus bas du printemps, corrigeant certes les précédents excès de pessimisme mais reposant heureusement aussi sur des raisons concrètes. Le système financier mondial est sauvé, les actions des gouvernements, des banques centrales et de la Fed en particulier ont été remarquables comme remarquées et se concrétisent un peu partout dans le monde par des faits bien tangibles. Les statistiques surprenantes des taux de croissance français et allemand en sont l'illustration, ainsi que les résultats des banques américaines.

Cependant, compte tenu du rebond, il est clair que les opérateurs sont aujourd'hui plus nerveux. Une mauvaise nouvelle de plus dans un marché en chute entraîne rarement une capitulation. A l'inverse, la baisse/prise de bénéfices du vendredi 14 août à l'annonce de la baisse non attendue de l'indice de confiance des consommateurs du Michigan illustre bien le risque psychologique dans lequel nous baignons actuellement.
L' ampleur de la correction dépendra de la situation sanitaire réelle :
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