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L'économie mondiale sous pression en 2011, il n’y aura pas de miracle en 2012

Analyse postée le 07 Jan 2012, 15:36

Il y a quelques jours s’est achevé le supplice de nombreux opérateurs sur les marchés financiers sous prétexte à des fêtes de fin d’année calmes et bien arrosées … pour oublier. Mais ils ne se voileront pas longtemps la face ; le monde est encore dans une crise profonde dont la zone euro est l’acteur principal. Les agences de notation ont joué un rôle majeur dans une nouvelle crise dite « de confiance » sur les pays de la zone Euro mais aussi aux Etats-Unis.  Ce dernier trimestre on a vu le dollar faire preuve d’une incroyable résistance sous prétexte à des indicateurs macro-économiques moins pire que les mois précédents.

Au menu cette année de nombreux défis à relever :

-  les établissements bancaires et les Etats devront se refinancer,

-  les élections en France et aux US seront particulièrement suivies par les agences de notation,

En Europe près de 800 milliards d’euros de dettes doivent être refinancés, nous sommes peut-être bel et bien dans l’œil du cyclone…


Perte du Triple A aux Etats-Unis, la FED en manque d’imagination

L’un des plus grands évènements de l’année 2011 dans la sphère de la finance fût clairement la perte du triple A de la première puissance mondiale à la suite d’une mésentente sur le plan de réduction du déficit budgétaire censé permettre 1200 milliards de dollars d’économies sur 10 ans. Et pourtant, cette dégradation par Standard & Poor’s n’aura eu qu’un impact très mesuré que ce soit sur la confiance américaine, sur le billet vert ou encore la croissance. D’une part, les 2 autres agences que sont Moody’s et Fitch Ratings n’ont encore rien décidé à ce sujet et d’autre part, les marchés semblent pour le moment emprunter la technique de l’autruche.

L’impact limité de cette très mauvaise nouvelle sur les marchés se reflète dans le comportement du Dollar face à ses homologues. Cette étrange résistance est très probablement momentanée et aura bien du mal à se poursuivre dans les prochains mois et ce, même si les statistiques économiques se stabilisent depuis quelques temps. En attendant, une chute de l’euro sous 1.25 USD reste largement possible à brève  échéance. Ci-dessous à droite les indicateurs considérés comme majeur indiquent mois après mois le pourcentage de progression de chaque indicateur de référence avec une moyenne réalisée avec ou sans prendre en considération le contrôle de la FED sur ces données que ce soit les taux d’intérêt ou la liquidité apportée au marché.

US DOLLAR INDEX

Indicateurs économiques US de référence

 Dollar Index

 statistiques US

 

A ce sujet, la politique monétaire Réserve Fédérale américaine (FED) qui a commencé son action  d’assouplissement quantitatif (terme technique pour noyer le poisson, le terme « planche à billet aurait fait l’affaire) depuis 2008 pourrait bien à terme ne plus avoir les reins suffisamment solides pour continuer sur cette lancée. Rappelons que la FED a effectué durant ces 3 années deux Quantitative Easing dont le premier en 2009 consistait à progressivement acheter des titres hypothécaires et de la dette à long terme du Trésor américain et de maintenir le total des actifs à un niveau stable jusqu’en 2010 et qui s’élèvent désormais à plus de 2800 milliards de dollars. Courant novembre 2010, la FED a poursuivi son programme de rachats de dettes long terme du Trésor US jusqu’en juin 2011, un plan surnommé alors QE2. Les rachats furent terminés alors que le total des actifs de la FED a triplé entre 2007 et aujourd’hui.

 

                           Bilan de la FED

                           Bilan de la BCE

Bilan de la FED      Bilan de la BCE

On le voit bien, les banques centrales Américaines et Européennes sont restées très actives, de même que la banque d’Angleterre et le changement du président de la BCE le 01 novembre dernier qui a vu l’Italien Mario Draghi poser immédiatement sa marque de fabrique à savoir l’indépendance de la banque centrale. Sa politique est nettement plus proactive que son prédécesseur Jean-Claude Trichet, démontré par les 2 baisses des taux directeurs, passant de 1.5% à 1% … sans parler de l’accord de swap en dollars avec plusieurs banques centrales de la planète.

 

Un éclatement de la Zone Euro en 2012 : un scénario qui grandit chaque jour

2 banques américaines, dont Standard Chartered, envisagent désormais un éclatement de la zone euro qui ont été suivies par un conseiller proche de la chancelière allemande, Beatrice Weder di Mauro, qui est plus prudente en estimant que si aucune action n’est rapidement réalisée dans les prochaines semaines, l’Allemagne pourrait entrer en récession de 0.5% sur l’année.

C’est dans ce contexte particulièrement instable, que la BCE est également très prudente et estime désormais à 25% le risque d’un défaut simultané de deux banques européennes ou plus contre 0% en 2007. Son objectif est alors de financer les banques en zone euro à « pas cher » pour leur éviter de réduire les crédits aux entreprises et ménages qui risquerait de créer ce que les marchés appellent désormais le « Credit Crunch ». Mais cette opération de refinancement de la BCE il y a quelques semaines auprès des banques, qui a été un très grand succès avec 489 milliards d’euros souscrits à 1%, fait débat. Les banques n’en ont pas profité ni pour racheter de la dette souveraine ni pour se prêter entre elles … l’argent a été en grande partie redéposé à la BCE qui a fait état d’un record de dépôts au jour le jour à plus de 450 milliards d’euros au taux dérisoire de 0.25%, traduisant un manque de confiance grandissant des banques entre elles alors que le marché interbancaire offre un rendement de  0.396% ... défiance totale.

 

Dette zone euro

Pour éviter cette instabilité, les dirigeants de la zone euro ont « rapidement » émis l’idée de mettre en place un pacte de stabilité financière plus strict avec au bout du compte une rigueur financière renforcée. L’un des derniers sommets européens s’est soldé par une vraie rupture avec l’Angleterre qui a refusé de s’y soumettre tout en gardant un lien avec la zone euro. Il parait évident que Cameron y soit opposé pour garder l’intégralité des activités de la City de Londres, la plus grande place financière mondiale et qui représente à elle seule 13% du PIB national. Cela a été un premier signal d’échec mais rapidement oublié par les marchés. A noter par ailleurs que le bilan des banques Anglaises s’élève à environ 600% du PIB. C’est à ce titre que le gouvernement de Cameron a pour objectif de différencier ses activités de banques de détail et celles d’investissement afin de réduire les risques d’une nouvelle crise financière comme celle de 2008.

Pour le moment, la différence de la note de crédit accordée par les agences de notation est faible et implique une certaine solidarité des membres de la zone euro. La question est de savoir de combien de crans la note de la France sera abaissée, puisqu’elle le sera très prochainement, et si par exemple l’Allemagne ne sera alors dégradée que d’un cran, voire aucun, la crédibilité de chaque nation sera différenciée et d’autant plus remise en question que si tous les membres de la zone Euro restaient « solidaires ».


La confiance sera l’élément clé de 2012

Ce début d’année sera bel et bien décisif avec d’une part un montant de refinancement des états  important comme précisé plus haut (environ 800 milliards d’euros) et d’autre part le refinancement des banques, déjà assuré en partie grâce à l’opération exceptionnelle de la BCE à 3 ans à 1% réalisée il y a quelques semaines.

Ceux qui comme Nicolas Sarkosy espéraient des banques qu’elles réinvestissent dans la dette souveraine en seront pour leur frais. Autant cette opération de « taux carry trade » ou encore appelé le « Sarko Trade » est attrayante sur le papier, autant dans la réalité le risque reste incroyablement élevé même avec un taux plus rémunérateur. Les banques vont certainement procéder à quelques participations mais le renforcement de leur fonds propres durs à plus de 9% dans le cadre de bâle III empêchera toute dispersion dans des investissements qui pèsent sur la taille du bilan et sur leurs ratios de liquidités.

La croissance molle attendue en Zone Euro avec des foyers de récessions ici et là en 2012 n’est pas de nature non plus à pousser les banques à prendre des risques alors qu’elles doivent poursuivre leur rôle de financement de l’économie.

Ce déléveraging observé au niveau Européen se poursuit donc à marche forcé et finira à long terme par avoir un impact positif, apportant toute chose égale par ailleurs une croissance avec des fondations plus saines et plus durables. C’est ce vœux pieux que Angela Merkel met en avant depuis plusieurs mois … l’histoire nous dira si cette stratégie de la raison s’avérera payante.


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