Les chiffres de Décembre 2008 ne sont pas encore disponibles, mais nous observons qu'entre fin Décembre 2007 et fin Juin 2008, la catégorie des CDS a connu sa première baisse semestrielle depuis l'enregistrement des données sur leurs volumes notionnels en Juin 2001. La baisse de 62,2 à 54,6 trilliards correspond à une destruction de valeur de 5800 milliards de dollars, soit environ 40% de M3 en USD. Compte tenu de la complexité de ces produits et de l'opacité relative aux activités des intervenants, il est très difficile, voir impossible, de comprendre quelle proportion de cette destruction de valeur migre ensuite vers le système bancaire réel, le scénario de ce transfer étant le suivant :
Si un organisme XXX possède un contrat CDO square de tranche BBB, son risque de marché est énorme. XXX décide alors d'acheter un contrat CDS auprès d'AIG sur ce contrat CDS square, et comme par magie, le risque de perte sur le CDO se retrouve couvert. Bien entendu, AIG émet des CDS sur tous types de contrats à risque, dont le taux de défaut est calculé sur des conditions de marché stables à partir de données statistiques crachées par les modèles mathématiques fumeux des nobélisés et autres « quants » économétriques.
Au fur et à mesure que le risque sur le CDO augmente, XXX réalise un appel de marge auprès de AIG, mais toutes les autres banques font de même: AIG n'a pas calculé un tel afflux de demande et se retrouve illiquide. Les agences de notations prenant connaissance de cette situation, dégradent la note d'AIG, ce qui conduit les banques à réaliser des appels de marge supplémentaires. La Fed doit intervenir pour sauver AIG. C'est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral des USAs a choisi de sauver AIG : sans AIG, ses CDS auraient perdu toute valeur, et de nombreuses banques se seraient trouvées en dessous des ratios prudentiels de réserve (pour autant qu'ils soient respectés), et déclarées légalement insolvables à leur tour.
C'est là l'origine de la hausse de la base monétaire exposée plus haut, un mécanisme qui est selon moi amené à se développer, car la baisse des marchés est loin d'être terminée, tandis que les défauts d'entreprises continueront d'augmenter. La catégorie des CDS est amenée à se désintégrer pour une bonne part, ce qui va générer une onde de choc sans précédent dans le système bancaire, et des besoins de recapitalisation en progression, semaine après semaine : la voie vers l'hyperinflation est toute tracée.
Dernière sauvegarde en date, celle de GMAC LLC, la filiale financière commune de General Motors et du fonds privé Cerberus-Capital Management, conduisant à sa mutation en banque commerciale, afin de lui permettre d'accéder au milliards de dollars du fonds du Trésor destiné à la recapitalisation des banques. Cette opération « implique le gouvernement fédéral des USA dans des secteurs de l'économie qu'il considérait au-delà de son périmètre de supervision».
Récemment, la Fed déclarait également qu'elle accorderait des prêts à bas coût pour quiconque participerait au regonflement du crédit à la consommation. "Cela inclut les hedge funds, qui n'ont encore jamais pu emprunter à la Banque centrale américaine" (source).
L'Histoire, qui nous enseigne que l'inflation conduit à l'extension sans borne du gouvernement, se répète tout naturellement.
Face à la crise, aux plans de chômage, et aux menaces de fermetures d'entreprises, la plupart des personnes réagissent spontanément en s'écriant "Il faut bien faire quelque chose", ce qui revient à donner carte blanche aux gouvernements pour la sauvegarde d'entreprises qui se sont développées pour beaucoup d'entre elles par des surinvestissements, ou des mal-investissements - en surfant sur la vague du crédit facile.
Ceci revient à perpétuer une situation d'aggravation de l'endettement et d'inflation monétaire qui accroissent les risques futurs. Ne pas accepter des conséquences sévères immédiates revient à retarder l'échéance et renforcer la probabilité d'un effondrement brutal et systémique, non seulement du système financier, mais de l'économie réelle toute entière, à l'image de la France de 1790, de la République de Weimar des années 1920, ou de la situation contemporaine du Zimbabwe, mais à une toute autre échelle.
Certains de ces plans vont être appliqués sous le feu des protestations, à l'image des 700 milliards du plan de cautionnement bancaire prenant le doux acronyme de «TARP». Environ la moitié de cette somme a disparu sans laisser aucune trace, sans comptabilité, mais l'économie ne s'en porte pas mieux pour autant. La nouvelle administration Obama a proposé d'y rajouter d'autres plans, comme le nouveau stimulus économique de 800 milliards qu'il proclame vouloir appliquer. Le nouveau président des USA affirme d'ailleurs qu'il créera ou protégera quelques trois millions d'emplois en dépensant des sommes considérables de dollars par la construction de routes et d'autres grands projets dans tous le pays.
Recourir aux fonds de l'Etat devient très tentant pour tous les secteurs et entreprises en difficulté, dont la liste s'allonge de jour en jour dans le cadre d'une crise économique profonde et mondiale. Le prêt à GM, destiné à aider GMAC à se réorganiser en holding bancaire, viendra s'ajouter aux 17,4 milliards de dollars de crédits publics déjà annoncés le 19 décembre pour GM et Chrysler. L'industrie de l'acier US demande un cautionnement fédéral pouvant s'élever jusqu'à un trilliard sur deux ans (source). L'Association des Energies Renouvelable, qui a déjà reçu 25 milliards de dollars au cours des 20 dernières années, et sans lesquels l'industrie de l'éthanol US n'existerait pas à ce jour, demande désormais jusqu'à 50 milliards de garanties financières pour financer son développement (source).
Tout sera tenté à court terme pour sauvegarder l'économie, tout sauf la liberté. Le gouvernement US (et d'autres avec lui) continuera d'étendre son emprise sur l'économie et la population à vitesse accélérée. Cette tentative de sauvegarde généralisée de l'économie enfonce encore un peu plus le clou de l'hyperinflation, dont la probabilité de réalisation est plus forte que jamais.
Les achats massifs de dette par la Fed conduisent à une bulle sur le prix des obligations. Les taux d'intérêt des obligations réagissant de manière inverse au prix, les taux se sont tout récemment effondrés, après une longue glissade démarrée en 1980. La stratégie de la Fed est, me semble-t-il, de détourner les investisseurs des produits de taux pour les inciter à investir sur les marchés d'action et à développer les prêts aux entreprises.
Toutefois, cette stratégie ne semble pas fonctionner comme attendue, car un phénomène exceptionnellement rare vient de se produire: le taux des obligations corporates US de notation Baa a pris le sens inverse à celui du taux des obligations corporates notées Aaa et des taux des bonds du trésor US à trente ans, les signatures de moindre qualité n'arrivant plus à placer leur obligations sur le marché à moins d'offrir une prime extrêmement couteuse, très pénalisante pour le développement des entreprises:

Cette divergence des taux devient plus visible si l'on calcule la différence entre les taux Baa et les taux des Bonds, mais elle met aussi un spread en forte progression entre les taux Aaa et les taux des bonds, ainsi qu'entre les taux Baa et les taux Aaa:

De toute évidence, il s'agit d'un phénomène rare, que l'on peut évaluer sur le long terme en utilisant le seul spread entre les taux des bonds corporates Baa et Aaa, dont les données historiques remontent à la fin de la première guerre mondiale. L'ampleur et la portée de cette évolution différentielle des taux ne s'est rencontrée qu'à deux reprises au cours de cette durée: lors de la crise de 1929, et au cours de la grande stagflation de la décennies 1970:

C'est une des raisons qui me permet de penser que nous ne somme qu'au tout début d'une crise bien plus longue et sévère que ce qu'anticipent la plupart des professionnels de la finance et des marchés. Un long chemin de croix dépressionnaire s'ouvre devant nous, qui devrait selon moi conduire à l'émergence d'un nouvel ordre mondial.
Sur le graphe précédent, on observe également le comportement de l'or lors de ces phase de stress économique corrélées à la hausse de l'inflation monétaire, dont l'évolution semble devoir confirmer les scénarios les plus optimistes sur la hausse des cours de l'or.
L'une des forces contraires et la chance majeure pour le développement économique mondial est constituée dans une première étape par l'intensification de la compétition monétaire internationale.
L'Europe bénéficie d'un avantage relatif par rapport aux Etats-Unis d'Amérique, constitué par le fait qu'il n'existe pas de Trésor Européen, mais autant de Trésors nationaux que de membres de la zone Euro. De fait, les gouvernements ne peuvent forcément émettre autant de dette qu'ils le souhaitent, si les investisseurs choisissent sélectivement les signatures les meilleures. Ceci conduit à des différentiels de taux, tant entre l'Europe et les Etats-Unis, qu'entre les différents pays européens. Pour certains pays dont la situation économique est moins favorable, cela peut conduire à des difficultés de financement des dépenses d'Etat, raison pour laquelle l'indépendance (relative) de la BCE est régulièrement remise en cause... notamment par les responsables politiques des pays les plus endettés !
En dépit de cette compétition, la croissance annuelle des agrégats monétaires européens est notablement plus forte que la croissance économique. M3, l'agrégat le plus large, est toujours en croissance de l'ordre de 9% l'an en Novembre 2008, ce qui démontre le très fort niveau d'inflation monétaire et notamment des crédits larges (si l'on admet que la croissance est nulle en Europe). M1, un agrégat plus étroit, après avoir tendu vers 0%, remonte vers 4%, donc bien au-delà du niveau de la croissance. L'Euro, tout comme le dollar US, va se dévaluer de façon régulière en raison d'une création monétaire prodigue de la part de la BCE, associée à des émissions obligataires en progression continues de la part des Etats de la zone. La BCE est en effet loin d'être vertueuse, comme je l'expliquais dans cet article.

D'autre part, comme nous le rappelait récemment Dupilon dans un article sur la désintégration financière, les banques européennes ont un levier financier bien plus grand que les banques US.
Une devise forte est une saine configuration pour le développement économique, contrairement à ce que prétendent de nombreuses voix, qui préconisent une devise plus faible et donc, encore une fois, toujours plus d'inflation monétaire (source 1, source 2).
D'une part, les taux de change entre les devises sont déterminés par la loi de l'offre et de la demande, une devise moins inflationniste étant moins abondante qu'une devise fortement inflatée. De là provient probablement la reprise haussière de l'Euro par rapport au dollar US. D'autre part, une devise forte permet d'acheter produits de base et des matières premières à moindre coût, et bénéficie à une économie productrice de biens fortement axée sur les produits à haute valeur ajoutée. Malheureusement, c'est loin d'être le cas de l'Europe dont le développement économique est considérablement amputé par des politiques réglementaires et fiscales qui retardent considérablement le développement des technologies nouvelles, les gouvernements s'obstinant généralement à soutenir des activités industrielles et manufacturières anciennes et souvent
désuètes.
D'une manière générale, l'ensemble des zones monétaires poursuivent une stratégie inflationniste, la seule et unique méthode de contrôle du développement économique enseignée dans les cours d'économie. Les agrégats monétaires de type M2 de pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) ont progressé de 20% par an sur la période récente, pour atteindre le niveau de M2 en USD.
La compétition monétaire pourrait toutefois s'intensifier avec le rejet progressif du dollar US dans le cadre des échanges internationaux, et l'émergence de nouvelles zones d'influence régionales, à l'image des états du golfe persique, qui envisagent à leur tour de recourir à une monnaie unique.
Même en Amérique du Nord, le sauvetage de l'économie US pourrait faire intervenir la création d'une nouvelle monnaie unique nord-américaine (source), l'Amero, qui refait surface... sur le site de la Pravda, après avoir été proposée pour la première fois en 1999 (source).
Nicolas, alias philippulus
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