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HYPERINFLATION - Risque Planétaire - 2ième partie

Analyse postée le 04 Jan 2009, 15:06

 

Lien vers la première partie

 

Premier levier - Les espèces (pièces et billets)

La monnaie consiste essentiellement de la monnaie physique (espèces en circulation) et en réserve dans les coffres bancaires. Elle est composée de pièces et billets pouvant être utilisés comme couverture liquide de sécurité par les particuliers, pour les retraits au guichet ou par le biais des distributeurs automatiques, mais en finalité elle sert surtout de nos jours à régler les achats courants, notamment pour les petits montants.

Les chiffres les plus facilement accessibles sont ceux relatifs au dollar US, pour lequel on observe que le stock total de dollar en espèces est de seulement 866 milliards de dollars au 1er Novembre 2008. La taille du stock d’espèce est relativement modeste par rapport à la taille de l’économie réelle (13808 milliards de dollars US à fin Décembre 2007, soit environ 6% du PIB). Les banques centrales – qui se sont généralement octroyées le monopole de la création monétaire – ont d’autres outils de création monétaire, comme nous allons l’aborder ci-dessous. La frappe de pièces ou l’impression de billets s’avère coûteuse en comparaison de la création virtuelle de nouvelle monnaie par des moyens informatisés.

Le faible rôle joué par les pièces et billets dans l’économie est démontrée par l’exemple de la période 1921-33. Durant 1921-29, la quantité de liquidité n’a pratiquement pas varié, mais les marchés ont fortement progressé jusqu’à former une bulle sur le marché des actions. Au contraire, la quantité de liquidités a cru très rapidement durant 1930-33, à l’époque de la "Grande" Dépression durant laquelle les prix des actions s’effondrèrent de 90%. 

 

MoneyStock.png

 

Second Levier - La base monétaire

La base monétaire (ou M0) est finalement une forme élargie de la disponibilité des espèces, puis qu’elle comprend également les comptes de réserve des banques commerciales auprès de la banque centrale, la Fed dans le cas des USA. Cette dernière caractéristique prend ici toute son importance.

On observe que jusqu’au mois d’Octobre, le stock d’espèces et la base monétaire suivent des courbes très proches. La croissance de ces liquidités était très faible depuis Septembre 2006, avec un taux de croissance annuelle de la base qui n’a jamais dépassé 3% jusque mi-Septembre 2009. Les dépôts liquides auprès de la Fed ne présentaient jusque là pratiquement aucun intérêt pour les banques.  

Tout change à partir de la fin Septembre, lorsqu’un décrochage haussier considérable de la base monétaire se produit, mettant en évidence un phénomène inédit. Jamais dans toute l’histoire de la Fed, autant de liquidités n’avaient été créées à un rythme ausi rapide. Les tout derniers chiffres du 31 Décembre permettent de déterminer sa croissance annuelle : 99,4%, c'est-à-dire 843 milliards de dollars créés par la Fed. 

Base.png

Ce rythme dépasse tout ce qu’on avait jamais vu, même durant le traitement de la Grande Dépression, durant laquelle la croissance de la base monétaire US ne dépassa jamais 27%, valeur atteinte au cours de l’année 1939. C’est le début d’une situation très dangereuse, car ce rythme de création monétaire est une situation d’extrême inflation, sur le point de basculer vers l’hyperinflation.

Une tentative d’interprétation de ce phénomène sera fournie dans ce qui suit.

Troisième levier - L'émission de dette gouvernementale

La dette US est émise par le trésor (treasury) ; elle dépasse actuellement 10700 milliards de dollars. Cette dette n’est pas à proprement parler assimilable à l’inflation monétaire, étant donné que sa création par les émissions obligataires fait appel à de la monnaie existante. Cette monnaie ne provient pas forcément des Etats-Unis mais ce sont quand même des dollars qui sont collectés lorsque le Trésor met ses bons sur le marché.

Une particularité des Etats-Unis est de posséder un trésor et une banque centrale coopérants sur les aspects financiers sous le contrôle du gouvernement fédéral. En d’autres termes, la Fed peut intervenir pour acheter des obligations d’Etat à partir de monnaie créée ex-nihilo.

Si l’interprétation de mes lectures sur le sujet est correcte, la Fed crée de nouveaux billets, qui lui reviennent environ à 0,12 dollar pièce quelque soit la valeur faciale du billet, par exemple 1$ ou 100$. La Fed achète ensuite de la dette auprès du trésor, l’argent reçu par le Trésor se retrouvant dès lors sur le compte de réserve gouvernemental auprès de la Fed. Lorsqu’une banque reçoit le soutient du gouvernement, cela s’opère par un transfert d’espèce depuis le compte de réserve du gouvernement vers celui de la banque en question auprès de la Fed.

weimar.pngCe lien entre la création de papier monnaie et la croissance exponentielle de la dette publique est bien connu. Du point de vue du créditeur, le gouvernement  fédéral contrôle la Fed - producteur monopolistique de la monnaie -  qui ne pourra donc jamais faire faillite. Si nécessaire, le gouvernement fédéral peut imprimer autant de dollars qu’il le souhaite pour rembourser sa dette. L’achat de dette gouvernementale bénéficie donc d’une « garantie » qu’aucun autre émetteur n’est en mesure de fournir.

Par conséquent, le gouvernement fédéral augmente ses activités en permanence en les finançant au travers de la dette publique, même s’il n’existe aucune perspective de voir cette dette être un jour remboursée grâce aux revenus de l’impôt. Le résultat est une croissance gouvernementale hors de tout contrôle qui contrôle la production de la monnaie papier.

John Galt compare l’activité de la Fed avec celui tristement célèbre de la République de Weimar au début  des années 1920 qui - rapellons-le - a été à l'origine de l'accession d'Adolf Hitler au pouvoir. Rappelons que profitant des très grandes difficultés économiques et sociales liées à la crise économique de 1929, Hitler promettait aux Allemands de résoudre tous leurs problèmes (source).
 

Quatrième levier - Le crédit bancaire

L'argent déposé auprès des banques commerciales est pris en compte dans plusieurs agrégats monétaires généralement  dénommés M1, M2 et M3 :

  • M1 correspond à la base monétaire M0 additionné des montants déposés sur les comptes courants.
  • M2 correspond à M1 additionné de l'argent déposé sur les comptes épargne, les comptes d'investissement, et les comptes à terme de montant limité (100000 USD dans le cas des USA).
  • M3 correspond à M2 additionné de tous les autres types de comptes à terme, fonds commun de créance, eurodollars, ainsi que tous les mécanismes de prise en pension.
  • MZM est une définition intermédiaire qui prend en compte la monnaie + les actifs qui peut en théorie être immédiatement retirée auprès de la ba&,nque.

La plupart de cet argent n'est pas constitué de billets, si ce n'est pour la partie M0, mais de crédit bancaire, de la taille des comptes bancaires correspondants, et s'appuyant  sur un système de réserves fractionnaires.

Le terme de réserve est trompeur. A l'origine, le rôle de réserve s'appliquait à l'or, qui était la contrepartie tanDollarBite.jpggible que les banques conservaient dans leurs coffres en garantie des billets de banque convertibles. Depuis l'abandon de l'étalon-or, la monnaie papier étant la seule monnaie d'utilisation légale, et bien que les billets n'aient plus aucune contre-valeur, les liquidités conservées par les banques et sur leur compte auprès de la Fed (ou des autres banques centrales) constituent la réserve des banques commerciales.

Loin de moi l'idée d'interpréter dans le détail ces agrégats monétaires, c'est un réel travail de spécialiste. Mes tentatives précédentes dans certaines de mes analyses se révèlent être entachées d'erreurs. L'élément à prendre en compte est ici que les banques centrales imposent aux banques de conserver des fonds de réserve pour faire face à d'éventuels retraits de liquidités de la part de leurs clients. Les normes de Bâle II déterminent un ratio de Cooke entre les fonds propres et les engagements de crédit ne devant pas être inférieur à 8%.

Sur cette base, les banques prêtent un multiple de la quantité d'espèces dont elles disposent, et qui comprend bien entendu NOTRE argent. Qu'on le veuille ou non, à partir du moment ou nous plaçons des liquidités auprès de la banque, celles-ci sont immédiatement employées pour l'émission de crédits de consommation, de crédits d'investissement ou de prêts immobiliers par exemple, dans le but de percevoir des intérêts de la part des emprunteurs. Si vous avez 1000 dollars ou euros sur votre compte bancaire, la banque ne détient qu'environ 100  dollar ou euros d'espèces en coffre ou auprès de sa banque centrale.  Le mécanisme est le suivant :

  • 1. 1000$ de liquidités placées sur votre compte auprès de votre banque A
  • 2. A prête 920$ en liquide à la banque B, qui les placent sur un autre compte
  • 3. La banque B prête 828 $ à la banque C, ou peut-être à nouveau à B
  • 4. Et ainsi de suite

...après 10 étapes, le montant d'origine est multiplié par 7:

 

Dépôt sur compte

1000

920

828

745

671

604

543

489

440

396

356

Quantité de monnaie

1000

1920

2748

3493

4164

4767

5311

5800

6240

6636

6992

 

Ceci, c'est la théorie, mais en pratique, la situation s'avère bien plus dangereuse, car en pratique viennent s'ajouter au multiplicateur bancaire des « innovations technologiques » telles que les « sweep accounts », une forme de comptes liés de dépôt et d'investissement auprès d'un même établissement bancaire.

La réalité est inquiétante : au 1er Novembre 2008, la situation est la suivante :

 

Définition de la monnaie

Milliards USD

Espèces en circulation

866

(dont espèces en coffre chez les banques)

38

+ espèces sur comptes de réserve de la Fed

317

= Base monétaire

1182

+ montants sur comptes courants = M1

1519

+ montants sur comptes à terme/épargne/invest. = M2

7828

+ comptes à terme larges/fonds de créance, etc... = M3 estimate

>14000

MZM

11848

 

Cette situation peut également être représentée graphiquement, mais il est indispensable - compte tenu de la différence considérable de taille entre les aggrégats - d'utiliser une échelle logarithmique pour obtenir une lecture visuelle facile de leurs montants comparatifs:

 AggregatsUS.png

 

Les banques US soutenaient donc au 1er Novembre 2008 un aggrégat M1 de 1,5 trilliard et un montant M2 de 7,8 trilliards, avec seulement 38 milliards dans leur coffres, et des réserves de 317 milliards (enDollarValue.png forte augmentation toutefois) auprès de la Fed. On se rend bien compte que les ratios prudentiels sont très loin d'être respectés. Les banques ne seraient  théoriquement en mesure de n'indemniser que tout au plus 2,5% de leur clients si ceux-ci se précipitaient au guichet pour y retirer les économies déposées sur leurs seuls comptes courants (sachant que le rapport entre M1 et les espèces en coffre est inférieur à 2,5%) tout en générant un besoin immédiat de recapitalisation de la part de la Fed.

C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles la base monétaire explose à la hausse sur les derniers mois de l'année.

L'inflation monétaire - celle réelle de la Fed, additionnée à celle virtuelle du système bancaire - érode de manière ininterrompue la valeur du dollar US en terme de pouvoir d'achat, comme représenté sur le graphe ci-dessus (source).


La cinquième dimension du levier - Les dérivés hors bilan

 

Comme si cela ne suffisait pas, les organismes financiers US ont tenté de trouver le moyen de mettre en place des mécanismes leur permettant de s'affranchir des obligations de réserve de la Fed. L' «  innovation majeure » de la fin du 20ième siècle restera sans aucun doute celle des contrats de dérivés hors-bilan, que Warren Buffet a qualifié d'armes de destruction financière massives, à juste titre.

Si l'attention du public reste focalisée sur les actions de la Fed ou les problèmes des crédits immobiliers dit « subprime », la catégorie des contrats dérivés a permis le développement d'un système bancaire fantôme, ou parallèle, n'obéissant à aucune règle prudentielle, et faisant entrer les risques d'explosion atomique sur les marchés dans une nouvelle dimension du crédit jusqu'alors inconnue.

Certaines descriptions détaillées de ces produits sont disponibles, dont celles  de Ted Seides (très complexe et en anglais), de Bill Gross (en anglais également). Sur le web francophone, je pense qu'il n'existe pas de meilleure description que celle de Dupilon au sujet des CDS dans son article sur la Crise financière : risques systémiques Part 3.

Les CDS, ou « Credit Default Swap » ne sont qu'un élément de la catégorie des dérivés, dont le montant total s'élève à 531 TRILLIARDS de dollars selon l'ISDA, soit environ 37 fois le montant de l'aggrégat monétaire le plus large, M3, et 615 fois le montant de toutes les espèces disponibles (base monétaire à fin Juin 2008 = 862 milliards de dollars environ).

 

CDs.png

 

Les partisans de ces contrats prétendront que la plupart de ces trilliards de contrats ne représentent que des négociations entre des parties cherchant à parier sur le risque ou à se couvrir contre celui-ci, dans le but précis de distribuer les risques de marché et d'éliminer les menaces systémiques prétendument inhérentes à leur nature. Mais on a découvert depuis la faillite du fond LCTM que les stratégies mathématiques et modélisées par les génies de la finance pour distribuer les risques ne fonctionnent aussi longtemps qu'un cygne noir ne point pas le bout de son bec et que les marchés ne dérogent pas à la tendance précédente dont l'évolution a servi à alimenter les calculs des ordinanteurs.

Le risque est au contraire augmenté par cette nouvelle dimension intergalactique du crédit bancaire, la moindre turbulence de marché devenant dès lors suffisante pour déstabiliser l'édifice des dérivés de crédit et entrainer toute la structure financière US, et mondiale par un effet de domino, dans un effondrement systémique total, comme le mentionne Dupilon dans son article. Le seul endroit ou une logique du risque similaire à celle des CDS est utilisée se retrouve chez les bookmakers et dans les casinos, comme le mentionne Bill Gross.

Suite !

 

Nicolas, alias philippulus


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