Lentement, les marchés s' extirpent de la crise financière qui vient de les secouer. Progressivement, les mauvaises annonces sont absorbées sans provoquer de nouveaux décrochages des marchés, désormais entrés en période de convalescence.
Pour les plus optimistes, il n' y aura ni recession, ni même de bear market aux US. A peine un épisode malencontreux qui sera vite passé aux oubliettes d' une économie triomphante. Peut-être..... Nul n 'est à même d' embrasser la totalité du spectre macroéconomique et de ses interactions parfois étonnantes. On ne peut qu' avancer telle ou telle probabilité d' évolution sur base d' une conjonctions d' événements ou de tendances.
Récemment, la presse s' est fait écho des revenus astronomiques de gérants de hedge Funds en pleine déblacle , ou encore sur les salaires, stock options et autres parachutes dorés des dirigeants de grands groupes , toutes nationalités confondues , qui s' inscrivent à l' opposé de l' effort salarial imposé à la grande majorité de la population. Les chiffres les plus éloquents se situent aux US , dont je tire quelques graphiques ci dessous.
Sans chercher à porter un jugement sur cet état de fait, on ne peut que constater un accroissement de la concentration des richesses au sein d' une élite mondiale, phénomène qui s' est accru au cours de ces dernières années, avec l' accélération de la mondialisation , au point de présenter certains parallèles avec les années 20.
Bien entendu, les chiffres peuvent varier quelque peu d' une étude à l' autre , mais l' effet de concentration est indéniable.
La comparaison avec les années 1920 ne s' arrête pas là. D' une part, nous avons un effet de concentration de richesse quasiment identique à celle juste avant la crise de 1929 ;
mais on assiste également à une bulle de la dette US supérieure à celle atteinte à la veille de 1929 , et qui concerne l' énorme majorité de la population US.
Mais l' endettement US ne se limite pas à celui des ménages. La dette souveraine de l' état américain a pris elle aussi des proportions gigantesques au cours des dernières décennies.
Dans la majorité des cercles autorisés, il est de bon ton de ne pas s' alarmer d' un tel niveau d' endettement, où l' on considère la chose comme un " effet naturel " de l' économie américaine. Soit...... Mais ces mêmes cercles autorisés ne s' alarmaient pas davantage en 2005-2006 de l' insoutenabilité de la bulle Immo US, ni à fortiori de la démence profonde qui a cours dans la construction des dérivés , tant ABS (presque morts.....que CDS....à suivre ). On connait le résultat de ces perceptions rassurantes et unidirectionnelles.......
Heureusement, quelques chercheurs moins enclins à jouer les moutons se sont penchés sur ces parallèles évolutifs pour le moins interpellants. Les conclusions de leurs travaux n 'est pas fait pour me rassurer.
Pour commencer, il faut se remmémorer que le début du siècle précédent avaient connu un boom sans précédent, du à l' explosion des moyens de transports ( automobiles, trains, avions ) qui avaient permis un raccourcissement des distances et une première tentative de globalisation, à l' instar des vingt dernières années avec l' avénement de l' internet , de l' e-commerce et des délocalisations massives. La mobilité des capitaux était également un thème en vogue , à l' époque, du moins jusqu' à la première guerre mondiale. Comme le montre les travaux de Reinhardt et Rogoff , il existe un lien entre cette capacité de circulation des capitaux et la fréquence des crises bancaires à travers le globe, comme celle que nous traversons actuellement.
De plus, l' accroissement perpétuel de l' endettement privé et public s' est trés souvent terminé par une récession suivie une faillite souveraine au terme de quelques années, à savoir l' incapacité de l' Etat à honorer ses engagements vis à vis de ses créanciers internationaux , au bout de quelques années. Qui a oublié le cas de l' Argentine de 1998 à 2001 ?
http://www.hcci.gouv.fr/lecture/etude/crise-argentine-fmi.html
Ces faillites souveraines vont souvent de pair avec un krach de la devise concernée.Curieusement, depuis l' avénement de la banque centrale américaine, le nombre de pays en dépréciation monétaire s' est fortement accentué. Une simple coincidence, certainement........
N' empêche, une baisse de 15 % de la devise, cela n' inquiète pas les US , qui maintiennent encore leur statut spécial, du moins pour l' instant. Le $ n 'a subi que 12 % de baisse endéans ces 12 derniers mois, oublions les 3 dernières années......
Mais trève de plaisanterie. Une réelle menace plane sur le statut particulier des US. La détérioration récente et accélérée de la garantie souveraine de la FED , dont les actifs deviennent de plus en plus translucides et immatériels ( 40% de dérivés Immo invendables et sans valorisation ) , couplée à un choc hémorragique porté au système financier dont les banques auront du mal à panser leurs plaies béantes n 'est pas de nature à me rassurer.
Dans un système financier international où tout est basé sur la confiance , le degré des déséquilibres et les voies adoptées par la Fed et la majorité des grandes banques centrales, telle que la Banque d' Angleterre récemment, m' incite à douter d' une sortie de crise sans douleur au cours des prochaines années. Un processus de réajustement du système aura bien lieu, avec ou sans l' aval des grands argentiers et celui ci risque fort de s' opérer dans un contexte de forte volatilité, de peine et de douleur pour un roi nu qui y perdra son trône........
Liens de référence : http://www.cnbc.com/id/24311464/
http://www.brillig.com/debt_clock/faq.html
http://www.economics.harvard.edu/faculty/rogoff/files/This_Time_Is_Different.pdf
http://www.jchs.harvard.edu/publications/markets/w07-1.pdf
http://jessescrossroadscafe.blogspot.com/2008/04/us-consumer-is-hitting-wall.html
http://elsa.berkeley.edu/~saez/pikettyqje.pdf
http://sociology.ucsc.edu/whorulesamerica/power/wealth.html
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