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Chine : La fin d’une ère

Analyse postée le 21 Jan 2012, 14:55

Tourné vers la Zone Euro, les opérateurs se contentent de réagir à la moindre rumeur ou annonce d’une agence de notation qui dicte sa loi. Le cas grec est évidemment la priorité des autorités pour éviter le « clash » dans un avenir proche … la prochaine étant l’échéance du 22 mars. On aura pu observer un phénomène étonnant des marchés à surveiller pourtant d’un coin de l’œil les données en provenance de la Chine. Son PIB au 4eme trimestre est ressorti cette semaine à 8.9%, un chiffre très apprécié par les marchés … attention à ne pas confondre bonne nouvelle et réaction épidermique, surtout si l’on estime que les données sont manipulées.


Une économie en surchauffe

Officiellement, le PIB de la Chine a progressé de 8.9% au quatrième trimestre mieux que 8.7% anticipé par le consensus. Cette nouvelle a soit disant permis au marché action de crier un peu plus fort « victoire ! » alors que le graphique ci-dessous montre bien la tendance depuis 2010. Sur l’année 2011, la croissance du PIB s’élève à 9.2% contre 10.4% en 2010 et les prévisions pour 2012 annoncent 8% de croissance. Certes, la Chine est encore bien loin d’atteindre les planchers de croissance des pays occidentaux … mais quelques signes de faiblesses, voire de panique font surface d’une part à cause du contexte économique mondiale mais aussi des actions de sa banque centrale entrepris depuis 2010 pour contenir au mieux la surchauffe des deux dernières années due à l’immobilier et aux matières premières agricoles essentiellement.

 PIB Chine

Quelques signes réels de ralentissement économique proviennent également des ventes de voitures qui ont chuté de 5% depuis l’année dernière et du marché immobilier qui a perdu par exemple à Shanghai plus de 30% seulement sur le mois d’Octobre. C’est la rançon de la gloire dès lors qu’en 2009 la Chine commença son plan de relance pour déverser quelques 500 milliards de dollars (4000 milliards de yuans) et s’est alors que même l’agence Fitch Ratings se félicitait d’une envolée des crédits de 32% sur 2009 à 1500 milliards de dollars. Ils ont parfaitement bien réussi leur pari à court terme pour créer de la croissance mais auront également créé une bulle du marché immobilier, de l’inflation et une bulle boursière (-30% sur l’Indice Shanghai Composite entre 2010 et aujourd’hui). Enfin, selon le dernier rapport de Standard Chartered, les investissements en capital fixe ont chuté à 20.4% au quatrième trimestre contre 29.5% au T3 traduisant un ralentissement autant sur les infrastructures que sur la propriété immobilière qui souffrent d’une crise persistante du crédit.

 shanghai compOSITE SHANGHAI COMPOSITE


Les points positifs proviennent de la production industrielle qui s’élève à 12.8% en décembre contre 12.4% en novembre mais aussi de la croissance de la consommation qui est restée robuste avec des ventes au détail en progression de 18.1% le mois dernier. Reste à savoir si ces chiffres sont exacts, et si tel était le cas, cela signifierait que les effets négatifs liés à l’inflation s’estompent puisque les consommateurs chinois continuent de dépenser.

Pour autant, ces bulles et les malinvestissements constatés ne sont pas encore absorbés alors que la faiblesse de la croissance et les transitions à venir à l’intérieur du système politique de la Chine auront du mal à éviter la glissade du pays. A la différence des Etats-Unis qui est un pays débiteur, l’empire du milieu est un grand créancier qui entrainera avec lui les pays avec lesquels elle fait affaires.

 

La bulle de l’immobilier éclate ?

 

CHINE VS WORLD IMMOBILIER
Le ralentissement de la croissance passe inévitablement par le marché immobilier qui était jusqu’à présent en surchauffe. Les politiques ont donc mis en place des restrictions visant à refroidir les spéculations sur ce marché comme le relèvement de taux pour les prêts, la limitation des achats notamment par la réservation des prêts hypothécaires uniquement pour les résidences principales ou secondaires, l’introduction d’une taxe foncière et enfin l’interdiction d’achat d’appartement au-delà d’une résidence secondaire.

Mission réussie puisque les investissements dans le logement résidentiel ont touché un plus bas de 30 mois à 10.8% au mois de décembre et 19.6% au T4 à comparer avec les 35.7% lors des trois premiers trimestres 2011. Shanghai est un exemple parmi tant d’autres avec des biens immobiliers qui ont perdu entre 25% et 30% sur un seul mois provoquant alors la colère des propriétaires qui sont descendus manifester dans les rues. Certaines villes sont même devenues  des « villes fantômes » avec des prix qui ont chuté dans 52 grandes villes sur les 70 que suivent le gouvernement.

 

Prix immobilier Chine

Plus qu’un refroidissement, c’est sans doute l’éclatement d’une bulle qu’il faut maintenant éviter et qui se ressent clairement sur la croissance du pays alors que d’un autre coté l’inflation se poursuit. Certains promoteurs, dans les provinces les plus prospèrent comme à Wenzhou (dans la région de Zhejiang), les prometteurs offre une BMW pour les 150 premiers acheteurs d’appartements. Cela montre bien les effets des mesures de resserrement que les dirigeants chinois ne veulent pour le moment pas remettre en question, comme l’a déclaré Wen Jiabao.

Entre volonté de ralentir les marchés en trop forte croissance (dont la Chine se félicitait depuis des années) et une inflation en progression, les autorités doivent maintenant faire le nécessaire pour commencer à réajuster leur économie sur des fondamentaux solides. La Chine est encore loin de connaitre le même sort que la crise des Etats-Unis, sous condition qu’elle réagisse pour éviter l’éclatement brutal d’une bulle Immobilière … entre autres.

 

La Politique monétaire de la Chine en action

En situation de réajustement, la Chine a encore différents moyens d’agir au travers des taux d’intérêt ou des réserves obligatoires. La chute du marché immobilier aide à contenir les pressions inflationnistes mais crée des dégâts collatéraux comme la montée en puissance des créances douteuses des banques.

Déjà, la Bank of China a relevé par 6 fois le niveau des réserves obligatoires des banques commerciales Chinoises depuis 2008. Le but était de contrer la surchauffe économique qui avait vu l’inflation grimper à plus de 6.5% en glissement annuel avant de revenir autour des 4% en décembre permettant une baisse de 0.5 point à 21% du niveau de réserves obligatoires.

D’autre part, certains gouvernements locaux ont déjà commencé à reporter les paiements d'intérêt sur les prêts. Alors que la Fed maintient ses taux proche de zéro, la Banque Centrale de Chine détient des taux à plus de 6,5%. De nombreux économistes appellent à assouplir la politique monétaire via une réduction des taux pour stimuler l'économie à travers plus de prêts. Le problème avec cette accélération est que la Chine est déjà en proie à l'inflation.

Elle devra donc à travers ces opérations mieux servir l’économie réelle que ce soit dans le domaine agricole ou social mais aussi sur ses petites et moyennes entreprises.

 

L’inflation et la croissance : la cohabitation impossible ?

La politique monétaire Chinoise s’apparente à un verre à moitié plein … ou à moitié vide. Le choix cornélien qui l’oppose régulièrement depuis que la Chine a découvert l’économie de marché pousse les dirigeants politiques et monétaires à sans cesse évaluer les risques lors de leurs prises de décisions.


inflation CHINE

En réalité, c’est le modèle Chinois tourné vers l’exportation grâce à un yuan sous-évalué qui a permis de dicter la politique économique et de tirer profit des avantages compétitifs acquis depuis les deux dernières décennies permettant à la Chine de devenir la deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis.

Les déficits commerciaux enregistrés par la zone USA-EUROPE-JAPON trouvent ses origines dans la sous-évaluation du Renminbi et ces déséquilibres ont indirectement créé la crise financière qui a débuté en 2007, certes depuis les subprimes et la bulle immobilière Américaine. Mais les déséquilibres commerciaux sous-jacents ont accentué la déroute financière qui trouve son paroxysme dans la crise de la dette des pays développés.

Le « je te tiens - tu me tiens » entre la Chine et les Etats-Unis et dans une moindre mesure la Zone Euro aura des conséquences imprévisibles sur les taux de croissance de ces pays matures occidentaux.

Les chiffres concernant la dette publique témoignent de ces déséquilibres et une baisse simultanée du niveau de vie est une des solutions clés pour rééquilibrer à long terme la relation commerciale avec la Chine. Elle doit également créer une dynamique durable concernant la consommation interne qui reste en panne depuis début 2000.

Faute de voir la population Chinoise consommer afin de rendre l’économie moins  dépendante de ses exportations, la situation restera sans doute lourde à gérer et les autorités monétaires Chinoises maintiendront sans doute la sous-évaluation du yuan et ne lâcheront du lest que timidement. Entre mi-2010 et fin 2011, la monnaie Chinoise est passée de 6.83 yuans à 6.35 yuans pour 1 Dollar US.

yuan dollar

Pour se protéger, les Etats-Unis brandissent déjà l’arme de la guerre commerciale, à l’image des Chinois, via notamment la taxation des grosses cylindrées Américaines décidée il y a quelques semaines.

Jusque là sans contrainte, la Chine devra faire face à la dure réalité d’une économie en surchauffe depuis des années et devra utiliser toute la flexibilité dont elle dispose, encore bien plus ample que ses homologues de l’Ouest. L’euphorie Chinoise de la période 2003-2008 aura vécu et la croyance que la Chine était la solution à nos problèmes de croissance en Occident défendus religieusement jusqu’aux plus hautes sphères des Etats, aura également vécu.

Seule l’Allemagne a été suffisamment lucide et courageuse (à travers ses réformes structurelles permettant aux entreprises Germaniques d’améliorer leur compétitivité) pour tirer profit de la dynamique Chinoise.

Aujourd’hui, la Chine sécurise ses marchés par des accords de swaps de devises avec les Etats les plus dynamique tels le Brésil ou l’Inde et même avec de vieilles dames comme le Japon afin de s’affranchir lentement du Dollar US, processus qui mettra sans doute au moins 10 à 15 ans . Stratégie ô combien difficile car elle doit protéger son portefeuille de bons du trésor Américain, accumulés entre 2000 et 2010, qui s’élève à plus de 1300 milliards de dollars aujourd’hui.

D’autre part, la sécurité énergétique fait également parti de ses plans quinquennaux 12ème du nom pour la période 2011-2015 prévoyant une poursuite d’acquisitions de « terres promises » afin d’avoir les moyens énergétiques pour afficher ses 7% de taux de croissance annuelle prévu sur cette période.

Crise ou refroidissement économique ... La Chine poursuit sa mue engagée depuis 1980 lorsqu’elle a décidé qu’elle devenait une économie socialiste de marché tournant le dos au communisme pur et dur …


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