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La technique de la titrisation

La technique de la titrisation

Analyse postée le 29 Jun 2009, 03:30

La technique de la titrisation se caractérise par la combinaison de trois mécanismes :

  • Le pooling : l'assemblage par une institution financière d'un portefeuille composé de créances bancaires et/ou d'instruments financiers négociables (obligations, autres titres de créances...) et/ou de dérivés de crédit. Ce portefeuille provient soit de l'activité d'octroi de crédit de la banque, soit de l'achat par la banque de ces actifs sur les marchés financiers.
  • La déconnexion entre le risque de crédit du portefeuille et celui de la banque initiatrice du montage via le recours à un véhicule ad hoc (un special purpose vehicle - SPV) émettant des titres et portant les actifs sous-jacents.
  • Le découpage en tranches de l'émission de titres, selon une hiérarchie précise quant aux droits des différentes tranches émises sur les revenus tirés des actifs ou des dérivés de crédit sous-jacents. Les tranches -- senior, mezzanine, equity -- bénéficient ainsi d'un rang de priorité décroissant sur les revenus des actifs et présentent symétriquement des niveaux de risque (et donc de rendement) croissants. La tranche equity est la première à absorber des pertes dans l'éventualité d'un ou plusieurs défauts au sein du portefeuille. Si les pertes excèdent le montant de cette tranche, c'est au tour de la tranche mezzanine d'être affectée. Enfin, ce n'est que si les défauts se révèlent nombreux et importants, que la tranche senior sera affectée et subira des pertes.


La titrisation s'est appliquée à une gamme toujours plus élargie d'actifs, pourvu que ceux-ci puissent générer une séquence de revenus suffisamment prévisibles pendant une période donnée. L'élargissement du spectre d'actifs sous-jacents a été lié pour un bonne part à des facteurs d'offre. Le resserrement rapide et prononcé des spreads de crédit à partir de la fin 2002 a progressivement réduit le gisement d'actifs offrant suffisamment de rendement pour être titrisés de manière rentable, contraignant les arrangeurs à recourir à des sous-jacents plus spécifiques offrant un surcroît de rendement du fait de leur complexité, de leur moindre liquidité ou de leur faible qualité. C'est ainsi que des actifs de plus en plus risqués ont été inclus dans les montages de titrisation, alors que ce marché était traditionnellement réputé pour sa sécurité car il s'appuyait sur du collatéral de première qualité (notamment prêts immobiliers de bonne qualité tout au long des années quatre-vingt-dix. Certains facteurs de demande ont cependant aussi joué un rôle, certaines institutions, notamment des compagnies d'assurances, fonds de pension, petites banques mais aussi des entreprises et même quelques États, cherchant à dynamiser leurs rendements et à diversifier leurs portefeuilles d'investissement, à l'image des grandes banques.

Ainsi, deux tiers des prêts subprime octroyés aux États-Unis ont été titrisés. Seul un tiers reste dans le bilan des banques. Leur titrisation comporte souvent plusieurs « étages » (cf. diagramme) : les prêts sont d'abord assemblés dans des RMBS (residential mortgage-backed securities) ou des ABS (asset-backed securities). Certaines tranches de RMBS sont ensuite assemblées dans des CDO (collateralised debt obligations, cf. encadré) ; enfin, un « conduit », véhicule se finançant par l'émission de titres à court terme -- via des ABCP (asset-backed commercial paper) --, achète à son tour des tranches de CDO et de RMBS.

En bout de course, des investisseurs (fonds mutuels dont OPCVM monétaires, compagnies d'assurance) achètent ces produits structurés. Ils les achètent d'autant plus volontiers qu'ils sont bien notés par les agences de notation et qu'ils procurent un rendement attractif par rapport aux titres d'entreprises de même notation.

Par le biais des mécanismes de titrisation, les expositions risquées se trouvent largement dispersées auprès de nombreux investisseurs, et dans plusieurs zones géographiques. Même des investisseurs perçus comme présentant une aversion au risque (OPCVM « monétaires dynamiques » en France par exemple) peuvent en détenir à titre de diversification ou d'amélioration du rendement.

 

titrisation

 

Articles du dossier :

CHAPITRE 1 : CRISE FINANCIÈRE : MÉCANISMES ET DYNAMIQUES

CHAPITRE 2 : INNOVATION, PRODUITS STRUCTURES ET STABILITE FINANCIERE

  • La technique de la titrisation
  • Le rôle de la désintermédiation
  • Les produits structurés : un terrain d’élection pour l’innovation financière

 

FEVRIER 2009 N° 2 - DOCUMENTS ET DEBATS

La Crise Financière

 

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